Femmes arabes : A des années lumières de la liberté ?

A l’heure où le monde arabe se remet du printemps arabe plus que mouvementé de l’année 2011, les femmes lèvent leurs voix pour acquérir, elles aussi, des droits. Elles sont sorties manifester dans les rues, elles ont dénoncé leur manque de liberté, et ont même reçu des coups de matraque. Pourquoi les oublier ? Que revendiquent-elles ?

Partout dans le monde arabe, les femmes sont descendues et ont crié « irhal » (dégage) au côté des hommes. En Tunisie, elles ont défié les miliciens de Ben Ali. En Egypte, elles ont rompu les traditions pour crier des slogans anti-Moubarak. En Lybie, elles ont osé protester malgré tout. En Syrie, elles ont défendu leurs enfants torturés pour des graffitis anti-al Assad. Si 2011 a vu le peuple, hommes et femmes, unir leurs voix, on ne voit pas pour autant les femmes dans les nouveaux chantiers politiques.

Espoir éteint ?

A la télévision, nous avons vu des femmes lancer des youyous et danser de joie après la chute des régimes des dictateurs. En Tunisie, les journaux consacrèrent leurs unes à des symboles d’une Tunisie libre, des bloggeuses, des chanteuses, des actrices. Auparavant, on ne voyait que la redoutable Leila Trabelsi, épouse de l’ex dirigeant. Si étudiants et ouvriers ont libéré leurs paroles et leurs revendications, les femmes n’avaient pas moins de rêves à réaliser. Avant tout, elles voulaient changer le code du statut personnel, réformer les questions relatives à l’héritage par exemple.

Aujourd’hui, les tunisiennes –comme presque toutes les femmes arabes- ne veulent que garder leurs droits acquis. Des salafistes veulent imposer le port du niqab dans une faculté à Tunis, et dernier scandale en date : le renvoi de la directrice de la radio religieuse « Zitouna ». Pourquoi ? Parce qu’une femme est intellectuellement incapable de diriger un média selon eux. Les gouvernements qui se sont succédé n’ont pas fait mieux : La femme est presque absente dans leur organisation. En Egypte, on a même imposé un test de virginité à des jeunes filles arrêtées lors de manifestations.

Au Maroc, le nouveau gouvernement a suscité une vraie polémique. Après les sept femmes ministres dans le gouvernement de Abass El Fassi, une seule femme est aux commandes d’un ministère : Bassima El Hakkaoui. La presse féminine marocaine s’est élevée contre cela. Et pourtant, la nouvelle constitution du pays recommande la parité, elle consacre «l’égalité entre l’homme et la femme dans les droits et libertés à caractère civil, politique, économique, social, culturel et environnemental et préconise des mesures d’action telles que la discrimination positive en matière d’accès aux fonctions publique et électives».  Aux dernières élections législatives, on a même doublé le nombre des femmes de la liste nationale : De 30 à 60 députées ! L’annonce du gouvernement a donc été un choc.

Une révolution au féminin 

« La révolution féminine ne fait que commencer » c’est la déclaration de la romancière libanaise Joumana Haddad, observatrice avisée des révoltes qui embrasent les pays de sa région dans les pages du Figaro. Même si les hommes prétextent qu’il y a d’autres priorités, comme la lutte contre la corruption, Joumana Haddad affirme qu’aucune démocratie ne pourrait exister sans le respect des droits de la femme.

A la veille de la journée de la femme 2012, la fédération internationale des droits de l’homme a publié un rapport intitulé « Monde arabe, quel printemps pour les femmes ? ». Un rapport qui veut rendre hommage à toutes les femmes qui ont participé aux révoltes et au combat pour la démocratie dans leur pays.

Car, si les femmes mènent depuis toujours une lutte pour obtenir des droits, elles sont loin d’avoir gagné. Les violences, aussi bien psychiques que physiques sont encore monnaie courante. Les codes de famille dans la plupart des pays sont encore discriminatoires. Au Maroc, un violeur peut échapper à la prison s’il épouse sa victime. Loubna, 16 ans,  mariée de force à son violeur a suscité beaucoup de colère sur les réseaux sociaux en mettant fin à ses jour. Et son violeur de mari est toujours dans la nature ! Dans d’autres pays, les parents masculins peuvent bénéficier de circonstances atténuantes en tuant leur propre fille s’ils prouvent que c’est « un crime d’honneur »

Huit femmes arabes ont signé un appel pour une égalité pure et simple. Elles veulent des mesures législatives pour éradiquer les violences faites aux femmes. Elles veulent l’accès des femmes aux postes de responsabilité, et surtout une protection de la douce moitié du monde.

Si le monde arabe est en phase de construction démocratique, personne ne doit nier la contribution des femmes. Avant même de descendre crier dans les rues, elles ont contribué au développement en élevant leurs enfants. Elles se sont battues pour que leurs filles aient droit au même couvre-feu que leurs fils, elles ont voulu des études supérieures pour tous leurs enfants, et elles ont appris la cuisine et le ménage aux garçons également. Ces victoires, même toutes petites sont leur façon à elles de donner à leurs filles ce qu’elles n’ont jamais eu : Le respect, la dignité et l’égalité. Et malgré tout, nous continuons à lire sur les manuels scolaires : « papa lit le journal, maman prépare le diner ».  Mais Jusqu’à quand ?

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